Avec les fils,
j’ouvre un autre champ d’écriture.MARJEANE
Je vis et travaille dans les collines du Nord du Béarn.
Je milite pour une poétique du fil. Je tisse, je liane, je lie, je délie, je compose, je mélange fils et couleurs.
Je fais ma part, avec ma voix et mes mains, avec une rébellion de fils et de couleurs pour habiter le monde autrement, pour tenir bon face à l’absurde du quotidien avec ses tas de violences multiformes, et pour continuer à imaginer les possibles d’un monde plus doux, plus solidaire, plus lumineux. J’écris avec des encres de fils, je dessine une trace, un volume dans l’espace-page.
J’explore les territoires du sensible, ceux qui nous sont communs et fondent notre humanité : du très familier et de l’inconnu, de l’in tranquille et du joyeux, du mutique et de l’ouvert.
Cette exploration passe par le travail de la forme. Je ne cherche pas la belle forme mais ces sentiers de fils que je dessine entre les lianes et les tissages, forment un domaine emmêlé, où les lianes se tordent, bouleversent l’idée du délicat, invitent au sauvage, à la course libre, parcourent les veines de ce qui est en gestation, prêt à éclore ou à exploser, guettent la venue intense au vivant.
En 2020, après une grande partie de ma vie consacrée à l’écriture, à l’édition et à un travail plastique en lien avec la photographie, j’ai marché vers le fil, les fils et les couleurs.
Depuis, de façon continue, je me forme à différentes techniques : tissage sur métier à tisser 16 cadres, sur métier vertical (tapisserie), gainage, feutrage, couture libre.
Durant trois ans, je me suis immergée dans mon atelier en ponctuant ma création de différents enseignements.
Ma recherche consiste
en la quête d’une écriture textile et plastique qui m’est propre et de la forme qu’elle peut prendre pour atteindre l’autre, le toucher, l’inviter à sentir, à réfléchir notre lien au monde.MARJEANE
Ma recherche consiste
en la quête d’une écriture textile et plastique qui m’est propre et de la forme qu’elle peut prendre pour atteindre l’autre, le toucher, l’inviter à sentir, à réfléchir notre lien au monde.MARJEANE
Je recycle d’un atelier de tissage pour la haute couture, ACT3, des bobines extraordinaires, des fils à la personnalité forte.
Je recycle et je détourne ce qui devait aller dans les couloirs du luxe.
La question de la matière est au cœur de ma démarche depuis le début. C’est ainsi que j’ai imaginé fonctionner avec deux uniques alternatives : soit de recycler des fils (ce que je fais actuellement), soit pour des projets spécifiques, avec un fil particulier (lin, chanvre etc) trouver la matière au plus près de moi (département des Pyrénées-Atlantiques ou Nouvelle Aquitaine). Mon principe est de ne pas faire en dehors de ces deux possibles.
Ma recherche consiste en la quête d’une écriture textile et plastique qui m’est propre et de la forme qu’elle peut prendre pour atteindre l’autre, le toucher, l’inviter à sentir, à réfléchir notre lien au monde.
De cette recherche plastique, de cette écriture textile, émergent des formes sculptées, composées de lianes, de tissages et d’écheveaux travaillés en composition de couleurs.
Pour chaque sculpture qui naît, s’élève un texte qui signe, en quelque sorte, une part de son identité, son ADN poétique en somme.
En effet, au travers de cette nouvelle approche textile, je continue d’ouvrir un espace particulier à l’écriture que ce soit sous forme de poèmes, de récits courts ou d’une réflexion sur mon travail menée au long cours.
Que ce soit dans ma démarche d’écrivain, mon travail d’éditrice, ma démarche plastique et poétique ou le partage de ma pratique avec différents publics, j’ai toujours questionné l’humain et sa place dans le monde.
Avec la matière des fils, ma recherche s’est affinée et se recentre, comme une évidence, sur notre façon d’habiter le monde aujourd’hui, sur la nécessité et l’urgence de repenser le lien entre nous humains, entre nous humains et notre environnement, entre nous humains et les lendemains que nous désirons faire advenir.
Lorsque je mets la main dans les fils, dans leurs matières multiples, je mélange le doux et le sauvage, le cri et la caresse, le léger et le sombre. Lorsque je plonge dans le langage des couleurs, je visite le grand nuancier, je vais vers l’étendue sauvage des blancs, je flirte avec l’incandescence colérique du rouge, sa puissance de vie lorsqu’il invite le vert, je voyage sans retour dans les bleus profonds, ceux qui éclatent de lumière, ceux qui s’offrent à la nuit, je guette la clarté dans l’épaisseur des noirs.
Au cœur de la matière délicate et rêche, fluide et rebelle, je trame de longues histoires à tiroirs secrets, j’ourdis des rêves à déplier, je laisse aller mes mains vers la matière indomptée des songes.
C’est une danse pour tenter d’éclaircir le chaos. Dans un désordre furieusement doux de couleurs.
Ce fracas soyeux, si bruyamment silencieux des fils, je l’écoute, je l’approche, je tente de le dompter.